"Depuis un bon moment déjà, vous longez une muraille extravagante. Riante comme une salade d’endives. Une longue paroi de pierre dont le sommet tutoie les nuages. " (Chapitre 7)
"Quelques pas sur le trottoir, le long de cette muraille qui paraît encore plus haute et plus sinistre. Plus infranchissable aussi. C’est ça surtout qui lui donne cet air. L’impression que même avec du temps, une indéfectible volonté, on ne parviendra jamais à passer de l’autre côté. " (Chapitre 7)
"Il existe sûrement trente-six manières de sortir de prison. Mais d’y entrer ? " (Chapitre 7)
"Sans vous en rendre compte, vous êtes à votre tour arrivés au bord du gouffre. Tu saisis la petite pelle que te tend Jugurtha. Le cercueil est presque totalement recouvert. Il n’y a plus autour du trou que vous et les employés municipaux qui attendent que vous ayez balancé votre contribution pour finir le travail. Pour enterrer un peu plus le secret qu’il va te falloir exhumer à présent.
Le cercueil rend un son creux quand la terre se disperse sur le couvercle. C’est idiot mais ça te met mal à l’aise, ce bruit. Comme si tu venais de frapper à la porte des emmerdes." (Chapitre 8)
"Pour les gens du coin, La Panne, c’est avant tout une station balnéaire où tout le monde vient faire trempette, le temps d’un week-end. C’est vrai que le cadre est agréable. Pour peu qu’on oublie la proximité des raffineries et qu’on ne soit pas trop regardant sur la qualité de l’eau. La température aussi. Surtout en cette saison. Gesticulant au milieu de l’écume, quelques inconscients, aiguillonnés par les timides rayons d’un hypothétique soleil batifolent au milieu des flots verdâtres. Grand bien leur fasse. Toi, même en plein été, au plus fort des chaleurs estivales, il ne te viendrait pas à l’idée d’y tremper ne serait-ce qu’un orteil. Aujourd’hui plus que jamais. Sans compter que tu as autre chose à faire. " (Chapitre 17)
"Suivant scrupuleusement les panneaux qui indiquent Centrum, tu débouches bientôt dans l’avenue qui transperce de part en part le bourg et où se sont agglutinés toutes les boutiques. Les trottoirs sont noirs de monde. Des restaurants et des cafés s’exhale une odeur incertaine d’huile de friture et de bière, qui pour un peu, ferait croire qu’ici c’est toujours jour de fête. Tout ça donne un petit côté gentiment désuet à cette bourgade. Exotique aussi. Si près de la France et pourtant si loin. " (Chapitre 17)
"C’est la troisième fois que tu passes sous la statue du vieux corsaire, seule vraie gloire communale, avec toi, bien évidemment. " (Chapitre 18)
"A la lumière des réverbères, la place Jean Bart prend des allures de hall de gare désaffectée. En plein jour, il y a toujours tout un tas de monde ici. Des chalands venus faire leurs emplettes dans les boutiques du centre-ville, des employés de banques ou des services municipaux, des piétons qui n’ont d’autre choix que de traverser cet espace où tout ici converge. Dans la journée, tu évites donc de passer par là. Tu prends la tangente, te faufilant sous le porche à côté du café pour déboucher rue Poincaré, à deux pas de chez toi. " (Chapitre 18)
"Passé Le Studio 45, le cinéma d’art et d’essai, tu te retrouves soudain tout seul. Tes compagnons de voyage se sont comme évaporés. Sans que tu t’en rendes vraiment compte. Les éclairages publics se font plus rares. Distants d’une cinquantaine de mètres chacun. " (Chapitre 22)
"Sur le dépliant touristique, Nieuwpoort est présentée comme une charmante bourgade, ancien lieu de villégiature des patrons de pêche d’Oostende. Aujourd’hui, tu as plutôt l’impression que c’est la commune d’accueil de tous les chefs d’entreprise français un peu friqués qui se sont installés ici pour échapper au Fisc.
La propriété des Lebrun-Massenet est située avenue de la Mer au n° 1214. En fait d’avenue c’est une longue rue, parsemée de villas plus prétentieuses les unes que les autres et qui doit son nom au fait qu’elle débouche en bout de course sur le watergang qui se déverse quelques kilomètres plus loin dans le terrain vague de la Mer du Nord, comme dirait l’autre. " (Chapitre 11)