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19.08.2007

Topographie et toponymie Promenade dans un Dunkerque plus que secret

Celui qui veut retrouver Dunkerque dans Mort à Dunkerque risque d’être surpris, dérouté voire déçu. Plus grave, s’il lui en venait l’envie, il se perdrait vite en suivant la trace de Rose-Rosette dans les artères d’une ville secouée par le séisme de ma fantaisie. Cela tient en grande partie à une raison simple. Si l’action se déroule bien dans la cité de Jean Bart, il n’était pas dans mon intention de faire de la ville le personnage principal. A telle enseigne d’ailleurs que pas une seule fois le nom de Dunkerque n’est mentionné dans le roman. Le seul endroit où il apparaît c’est dans le titre. Un comble ! Je précise ceci parce que j’ai toujours peur que les gens soient trompés sur la marchandise quand il lise le titre, s’attendant à retrouver la ville qu’il connaisse. Si tel est le cas, ils risquent de la trouver changée.  

Ce qui s’est passé, en fait, c’est que, comme tout le monde,  j’avais besoin d’un cadre pour mon action et que je me suis dit que le plus simple était de la situer (l’action) dans un lieu que je connaissais. D’autant qu’il s’y trouvait tout ce dont j’avais besoin (un port, une prison, …). Le fait est que –je dois bien l’avouer-  j’aurais tout aussi bien pu caser l’action à Brest, au Havre ou à Marseille. (Non pas Marseille !!!).

Attention, je ne suis pas en train de dire que la ville évoquée dans mon roman n’a rien à voir avec la réalité. Seulement, j’ai décrit le Dunkerque que j’avais envie de voir, mon Dunkerque en quelque sorte, vu à travers le prisme de mon esprit vagabond. J’ai tortillé la carte, contorsionné les avenues, remanié quelque peu la géographie urbaine, (ce qui m’a évité le plus souvent d’avoir à me rendre sur place préférant faire voyager mon imagination que déplacer ma fainéante carcasse), inventant parfois des noms de lieux, de rues comme « le Boulevard des Missionnaires » (chapitre 2), où se trouve le siège de l’agence de Rose-Rosette (au n°69, bien sûr !), les déformant le plus souvent, donnant ainsi libre cours à mon goût pour la parodie (ou le jeu de mots lourdingue, comme on voudra). Ce qui, chez moi, revient un peu au même.

C’est ainsi que Le Grand Morien, prestigieux établissement, vénérable institution même de Dunkerque (et très bon restaurant surtout) s’est retrouvé transformé en « Grand Vaurien » (chapitre 10) et le Moving en Bouging pour la circonstance (pour préserver aussi l’exception culturelle française ou ce qui peut l’être encore) au chapitre 22.

Le cas le plus significatif (j’entends de ces jeux de mots tirés par les cheveux) est sans doute l’Amarre-Corde sous les traits duquel il faut reconnaître le Huit et demi. J’avoue ne jamais avoir mis les pieds dans cette honorable maison. Et je me doute qu’elle n’a rien à voir avec la description qui est faite de l’établissement au chapitre 20. Là n’était pas mon but. Il me fallait un nom. D’un titre de film de Fellini (huit et demi) à un autre (Amarcord), il n’y avait qu’un pas que j’ai allégrement franchi comme l’explique lui-même le narrateur d’ailleurs : « L’Amarre-corde, c’est le nom de l’établissement, fait le coin de la rue De Swaen et du Quai des Hollandais[1]. Tu l’as toujours connu là. Sauf qu’avant c’était un bar à hôtesses. C’est comme ça qu’on disait, en tout cas. Pour ne pas dire autre chose. Il faut savoir que les hôtesses en question c’était les descendantes des radasses qui officiaient le long de la jetée depuis des temps immémoriaux et que les ligues de vertu avaient prié de venir se mettre au chaud, pas tant, d’ailleurs, par souci de préserver leur santé que pour éviter de dénaturer le port de plaisance après sa rénovation. Le rade était tenu par un rital cinéphile, fan de Fellini. Ce qui explique le nom. Le successeur a juste modifié l’orthographe. Dans l’espoir évident de ne pas dérouter la clientèle des habitués. Ça a donné ce jeu de mots à la con. Aujourd’hui, ça se voudrait un rendez-vous de marins. En fait de marins, ça draine surtout les poivrots du port - et ce n’est pas ce qui manque par ici- qui n’ont jamais dépassé l’horizon des brise-lames. »

 

 

 

 



[1] Inutile de chercher un bar ou un restaurant à l’angle de ces deux rues (qui existent bel et bien, au passage). Le seul établissement que vous trouverez à cet endroit est …le commissariat.

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