17.09.2007
To be continued ...
La suite ! La suite ! La suite !
Bon d'accord. Chapitre 2, si je compte bien. Celui-là, il est court alors je vais le mettre en accès direct.
« Depuis trois ans qu’elle travaillait pour moi, je n’avais jamais essayé d’en faire autre chose que ma secrétaire »
Mickey Spillane
Le taxi t’a déposé Avenue de la Mer. Tu as préféré finir à pied, estimant sans doute que l’air du dehors te ferait du bien. Et pour l’instant, il faut bien dire que tu n’as pas eu à regretter ton choix. Après l’étouffant tête-à-tête avec Lebrun-Massenet, la brise légère venue du large est plutôt la bienvenue. Tu remontes le front de mer tranquillement en direction de l’agence.
- Quelle agence ?
Ben, la tienne. Francis Rose-Rosette, Enquêtes et Filatures.
- Enquêtes et Filatures? Et c’est encore loin ?
A pied, c’est l’affaire d’un quart d’heure. Tu longes la digue sur encore cinq cent mètres. C’est la troisième à droite. Boulevard des Missionnaires. Au n° 69.
- Tout un programme.
A cette période de l’année, la promenade qui borde la plage est encore à peu près fréquentable, préservée pour quelque temps encore des hordes de cloportes venus au premier jour du printemps faire l’aumône de quelques rayons au parcimonieux soleil de ce coin de France. Au loin, émergeant de la brume de mer, comme un mirage, la Belgique s’ébroue au vent du Nord. Les souffles iodés qui annoncent déjà les grandes marées d’Equinoxe ramènent du sable jusqu’au milieu de la rue. Il règne comme une atmosphère de ville fantôme. Les façades des maisons aux pignons dentelés témoignent encore d’un passé prestigieux, contrastant avec l’austérité architecturale du centre. Il faut dire que la ville n’a pas été épargnée. Détruite à quatre-vingt-dix pour cent pendant la guerre, elle s’est relevée de ses cendres dans un conformisme navrant. Quadrillage déprimant de larges avenues à angles dramatiquement droits bordées d’immeubles sans âme. Enfilades de bâtisses uniformément briquetées. Ce n’est pas la côte d’azur, bien sûr, mais tu aurais pu tomber plus mal.
- Ah bon ?
Avant de pousser la porte, tu passes ta main sur la plaque en marmorite. Tu fais toujours ça. Par habitude plus qu’autre chose. C’est le geste que tu as fait le jour de l’inauguration. Depuis c’est devenu un réflexe, une manie presque. Chaque fois que tu franchis ce seuil, tu te sens obligé de répéter ce rituel ridicule. Le bureau est au troisième. Tu gravis les marches quatre à quatre. Une porte vitrée au bout du couloir, sur la gauche, où sont reproduites au pochoir les mêmes inscriptions que celles qui figurent en bas. Tu actionnes vigoureusement la poignée.
- Un type a téléphoné, glapit une belle brune derrière un bureau à peine es-tu entré. Il voulait vous parler. Ça avait l’air important.
- Qui c’est celle-là ?
Ta secrétaire.
- Ah parce que moi aussi, j’ai une secrétaire !
Evidemment que tu as une secrétaire. Tous les privés ont une secrétaire.
- Les autres, je ne sais pas, mais moi je vois pas bien ce que je pourrais foutre d’une secrétaire.
Officiellement, elle est là pour trier tes papiers, payer tes factures, répondre au téléphone. La basse besogne. Tout ce qu’un type dans ton genre ne peut pas se permettre de faire sinon à perdre la face. En fait, elle est surtout là pour assurer le « contrepoint féminin dans un univers essentiellement masculin où la violence est la règle »
- C’est de qui cette connerie ?
Ernst Michener, Mythologie du roman noir.
- Jamais entendu parler.
Aucune importance.
- Et elle a un nom, ma secrétaire ?
Elle s’appelle Nancy. - Nancy comment ?
Nancy tout court.
- Je couche avec, je suppose ?
C’est un peu plus subtil que ça.
- C’est-à-dire ?
Vous entretenez une relation ambiguë. Vous minaudez, vous vous tournez autour, vos propos sont équivoques. Pour le lecteur, il ne fait aucun doute qu’il y a plus qu’une simple relation d’ordre professionnel mais rien dans les faits qui permette de le confirmer.
- D’accord. Je vois le genre. Il y a juste un petit problème. Elle ne me plaît pas du tout. Physiquement, je veux dire. Les petites bombes latinos, ce n’est pas mon truc. Moi, ce que j’aime c’est les grandes blondes plantureuses. Il n’y aurait pas moyen de changer.
Une peroxydée, ça pourrait aller ?
- A la rigueur.
Va pour une fausse blonde.
- Bon, où on en était ? Ah oui… Il a donné son nom ?
- Qui ça ? demande Nancy en tirant sur ses boucles blondes.
- Ben, le type qui a téléphoné !
- Non, il a juste dit que c’était très important. Qu’il allait rappeler.
- Combien de fois, je vous ai dit, mon petit chat, qu’il fallait prendre les noms.
- Je sais bien, patron, mais il n’a rien voulu savoir. Personnel, il m’a répondu. Son visage s’empourpre sous le coup de la colère. Elle déteste qu’on mette en cause son intégrité professionnelle. Tu t’en veux déjà de t’être montré aussi dur avec elle. Tu arrondis les lèvres pour expirer un mot d’excuse. Elle te prend de cours.
- Il doit rappeler d’une minute à l’autre. Vous n’aurez qu’à lui demander vous-même.
- Pas le temps. Je ne fais que passer. Je suis juste venu chercher le dossier De Schoonaert.
- Il est sur votre bureau, elle répond, forçant le trait de l’employé modèle. J’ai rajouté les frais de déplacements. La facture est à côté.
- Je sais pas ce que je ferais sans vous, sweet heart, tu confesses pour te faire pardonner.
- Vous répondriez au téléphone !
- Peut-être bien. Bon, j’y vais. Si le type rappelle, vous lui dîtes que je suis sorti. Qu’il laisse son nom, ce sera plus simple. Ne m’attendez pas, je risque de rentrer tard. Vous n’aurez qu’à fermer.
Tu te diriges vers la sortie, la chemise préparée par Nancy sous le bras. Au moment de refermer la porte, tu te retournes.
- Ah, au fait, il va falloir ouvrir un nouveau dossier. Commanditaire : Lebrun-Massenet.
- Lebrun-Massenet ? Le Lebrun-Massenet ? Celui des Editions ?
- Soi-même !
- On prend du galon à ce que je vois.
- Ne vous emballez pas. J’ai pas encore dit oui. En attendant, cherchez-moi tout ce que vous pouvez sur ce type. C’est pas les infos qui doivent manquer, je sais, mais je ne me fais pas de mouron, vous allez vous en sortir.
- Et vous voulez ça pour quand ?
- Pour hier !
La jeune femme fait une moue qui lui ferait haut la main gagner le concours international de la grimace mais qui produit quand même sur son visage un joli résultat.
- Et à « objet », je mets quoi ? elle demande.
- Mettez « intimidation et menaces de mort ». Entre parenthèses « paranoïa, mythomanie pas à exclure ».
20:35 Publié dans Il faut lire ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Christophe Lecoules, Mort à Dunkerque, Ravet-Anceau, Polars en Nord, roman policier, Chapitres en ligne, Chapitre 2
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