27.09.2007
Mort à Dunkerque chapitre 3
Bon, où on en était déjà. Ah oui, chapitre 3. Y a qu'à demander:
« Il grimpa les sept étages et entra sans faire de bruit »
Fred Vargas
- Vous pouvez pas aller leur dire, vous ? Y en a marre de leur boucan.
Le cheveu hésitant, la robe de chambre incertaine, la vieille chouette se tient sur son paillasson. Tu ne franchis jamais ce palier sans une certaine appréhension, la crainte de la voir sortir comme un diable de sa boîte. Cette fois encore, ça ne rate pas.
- Pourquoi moi ? tu soupires sans t’arrêter.
- C’est votre boulot, non ?
- Je vous ai déjà dit, madame Gomez, que je ne suis pas de la police.
- Qu’est-ce que vous faites alors?
- Je suis…détective privé.
- Tout ça c’est pareil, elle marmonne, en haussant les épaules. Flicaille et compagnie.
Une façon de voir les choses. Tu l’enverrais bien aux pelotes, mais ce ne serait pas bien charitable. La pauvre femme n’a plus toute ta tête depuis que son mari a mis les voiles. Tu as beau lui répéter que tu ne fais partie de la sainte institution, elle s’escrime à te prendre pour un représentant des forces de l’ordre. A chaque incident, c’est toi qu’elle vient trouver, te demandant d’intervenir.
Aujourd’hui, c’est contre les turcs du cinquième qu’elle en a. Il faut dire qu’ils mettent le paquet. La cage d’escalier retentit d’un barouf indescriptible. Ça braille -une voix de femme, à ce qu’il semble -, le tout rythmé par des coups sourds dont tu ne parviens que trop bien à déterminer la nature.
Il se sont installés il y a quoi ? Trois semaines, pas plus. Au compte-goutte. Au début un. Puis deux. Puis trois. Toute une tribu maintenant. Maris. Femmes. Frères. Sœurs. Cousins. A la mode ottomane. Un défilé permanent, et pas dans le feutré, il faut bien reconnaître. Plutôt le genre ambiance de souk. Ils tiennent à tour de rôle une échoppe à Kebab sur le boulevard. Le reste du temps, ils partagent cet appartement sous les toits. Un espace pas plus grand que celui que tu occupes. Alors, forcément, à la longue, ça doit finir par créer des tensions. C’est souvent que tu les entends beugler, même à deux étages d’intervalle. A croire qu’ils connaissent que cette façon de faire : se brailler dessus. Même pour se dire des mots doux, ils rugissent. Comment savoir quand ça gueule pour de bon ?
Tout de même là, ça a l’air de chauffer. A la façon dont s’enchaînent les phrases. Courtes, rapides, comme des coups de feu. Plus de place entre elles pour le silence qui accompagne les hurlements câlins de d’habitude. Ça fuse de tous les côtés, même plus le temps de reprendre son souffle. Témoin involontaire de cette tragédie du quotidien, tu poursuis ton ascension vers ton refuge. Le bruit monte en intensité, te demandant plus tu approches du sommet ce que tu dois faire. S’il ne faudrait pas quand même, comme te le suggères Madame Gomez, que tu ailles voir ce qui se passe. Si ça tourne mal, on est bien foutu de t’accuser de non assistance à mégère en danger. Il manquerait plus que ça. Tu espères secrètement, à chaque torgnole, que c’est la dernière. La bonne. Celle qui va gentiment envoyer la mousmé au tapis, lui faire juste assez mal pour qu’elle trouve le sommeil, sans pour autant l’arracher à la douce existence qui est la sienne auprès de celui qu’elle aime. Mais ça semble sans fin, le châtiment. A croire que chacun y trouve son compte. De toutes façons, qu’est ce que tu pourrais faire ? Qu’est ce que tu irais foutre là-haut ? Qu’est ce que tu irais dire ? C’est un coup à en prendre toi aussi pour ton compte. Chaud comme il est le gaillard, ce n’est pas le moment de venir le titiller. Il ne va sûrement pas chercher à comprendre, prendre en considérations tes allégations de médiateur du dimanche. Il va te faire redévaller les escaliers sitôt la porte ouverte. Une belle dégringolade qui ne suffira même pas à faire taire ta mauvaise conscience. Au mieux, tu en seras quitte pour quelques contusions et même pas le sentiment du devoir accompli. La main sur la poignée, tu tends une oreille, histoire d’entendre ce qu’en pensent les voisins. Il n’y en a pas un qui bouge. Même pas la mère Gomez. Ça ne doit pourtant pas manquer les saint-bernards de centres urbains, les héros modernes qui ne demanderaient pas mieux que la reconnaissance émue d’une épouse maltraitée ou un prestige de voisinage. Alors pourquoi ce serait toi ? Toi, le type dans cet immeuble, dans cette ville, sur cette terre peut-être qui se soucie le moins du sort de son prochain. Celui qui se tamponne le plus des problèmes et des malheurs des autres. Ce ne serait pas bien logique. Allons, la décision est prise. Ça s’arrêtera bien de toutes façons. Ça s’arrêtera sans toi, en tout cas. Ce qu’il faut, c’est attendre. Ta main se crispe sur la poignée comme si tu craignais d’être emporté malgré toi, qu’une tentation venue d’on ne sait où t’arrache à la ligne de conduite que tu t’es fixé. Tu ne vois pas bien comment, mais on n’est jamais trop prudent. La tentation prend parfois les visages les plus surprenants, y compris celui de l’honnêteté. Tu luttes de tout ton corps, de tout ton esprit pour ne pas sombrer lamentablement dans le marécage des bonnes intentions, te répétant que tu n’as pas de bonnes raisons à te trouver, des raisons, tout au plus. Que les autres font pareil, que tu aurais pu ne pas être là, que tout ceci aurait pu se passer sans que tu n’en saches rien, loin, plus loin, que ce sont des choses qui arrivent tous les jours, ailleurs, dans d’autres endroits où tu n’es pas, où tu ne seras jamais pour savoir s’il est de ton devoir ou non d’intervenir. Que tu n’as pas enfin à recueillir la misère du monde dans ton trois pièces, même si elle est là qui frappe à ta porte.
Le pêne regagne son logement dans un clic-clac rassurant.
- C’est moi ! tu claironnes en retirant la clef de la serrure.
Ta phrase rebondit sur les murs de l’entrée avant de te revenir en plein visage. Tu ignores pourquoi tu as dit ça. Tu sais pertinemment que personne ne t’attend. Peut-être pour voir l’effet que ça fait de se sentir accueilli. En même temps, tu ne sais pas si ça te plairait vraiment. Tu as fini par t’accoutumer à cette existence de marin. Sans attache. Sans personne qui s’inquiète de ne pas te voir rentrer. D’épouse lassée que son mari revienne à point d’heures un soir sur deux, d’enfants qui grandissent dans l’ombre d’un géniteur fantôme.
Tu ne dis pas que certains soirs tu ne rêves pas d’une cavalcade de marmots te sautant au cou, d’une femme assise dans le canapé et sur le front de laquelle tu déposerais du bout des lèvres l’affectueuse marque de ton attachement marital. Mais es-tu encore fait pour ça ? Sans t’en rendre vraiment compte, depuis des années, ta sphère privée s’est tissée d’un réseau d’habitudes, de manies même, incompatibles avec une vie de couple, à plus forte raison avec une vie de famille.
Sans enlever ton manteau, tu vas te laver les mains. Comme à chaque fois. Première étape du rituel qui accompagne tes retours au bercail. Ce chapelet de gestes quotidiens que tu accomplis le plus souvent dans une parfaite hébétude sauf à constater après coup qu’ils ont été effectués. Tu te rues sur le répondeur et écoutes les messages de la journée, tandis que tes lacets desserrent insensiblement la timide étreinte qu’ils exercent sur tes pieds, qui eux-mêmes s’extirpent de leur logement pour plonger dans le confort tiède de tes chaussons. Tu te déshabilles, troquant ton costume d’apparat pour le modeste uniforme de ton intimité. Après quoi, tu t’affales sur ton canapé qui gémit dignement sous le poids de ton corps, lequel imprime sa trace dans la chair de tissu. Comme le ferait un doigt d’aveugle, ton index cherche fébrilement sur le boîtier de la télécommande le bon bouton et la pièce s’emplit bientôt de la présence tonitruante et artificielle du récepteur. Vers sept heures, tu te mets en quête de ton repas du soir. Au milieu de la soirée, douché, allongé en travers de ton lit, le regard questionnant le plafond, tu t’interroges sur le vide de ton existence. Te penchant sur le gouffre des années qui se creuse inexorablement. Tu en conclus sûrement de sages préceptes sur le temps qui passe et la vie en général. Rien de bien original. Juste de quoi te sentir au dessus de la moyenne. Du commun des mortels vers lequel tu reviens quand même inévitablement, t’intimant l’ordre de t’estimer heureux, un toit au dessus de la tête, quelque chose de chaud dans ta gamelle et une constitution de centenaire.
Où trouverais-tu le temps, au milieu de tout ça, de nourrir une famille, de border des enfants, de leur lire des histoires, de raconter ta journée à ta gentille petite femme ?
- Je te le demande !
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24.09.2007
Fiction or not fiction
06:50 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Christophe Lecoules, Mort à Dunkerque, Ravet-Anceau, Polars en Nord, roman policier, Rose-Rosette
21.09.2007
Sortie anticipée
Scoop!
La nouvelle est encore à prendre au conditionnel mais la sortie du prochain roman (dont je continue à taire le titre, pour moitié parce que la décision n'est pas encore prise, pour l'autre afin de faire monter la sauce ou la pression comme on voudra) pourrait bien être anticipée, la publication ayant lieu non pas en Novembre mais mi-Octobre. Mi-Octobre ? Mais c'est dans moins d'un mois, ça !
J'en saurais sûrement plus d'ici la fin du mois quand j'aurais corrigé les épreuves. Je vous tiens informés.
17.09.2007
To be continued ...
La suite ! La suite ! La suite !
Bon d'accord. Chapitre 2, si je compte bien. Celui-là, il est court alors je vais le mettre en accès direct.
« Depuis trois ans qu’elle travaillait pour moi, je n’avais jamais essayé d’en faire autre chose que ma secrétaire »
Mickey Spillane
Le taxi t’a déposé Avenue de la Mer. Tu as préféré finir à pied, estimant sans doute que l’air du dehors te ferait du bien. Et pour l’instant, il faut bien dire que tu n’as pas eu à regretter ton choix. Après l’étouffant tête-à-tête avec Lebrun-Massenet, la brise légère venue du large est plutôt la bienvenue. Tu remontes le front de mer tranquillement en direction de l’agence.
- Quelle agence ?
Ben, la tienne. Francis Rose-Rosette, Enquêtes et Filatures.
- Enquêtes et Filatures? Et c’est encore loin ?
A pied, c’est l’affaire d’un quart d’heure. Tu longes la digue sur encore cinq cent mètres. C’est la troisième à droite. Boulevard des Missionnaires. Au n° 69.
- Tout un programme.
A cette période de l’année, la promenade qui borde la plage est encore à peu près fréquentable, préservée pour quelque temps encore des hordes de cloportes venus au premier jour du printemps faire l’aumône de quelques rayons au parcimonieux soleil de ce coin de France. Au loin, émergeant de la brume de mer, comme un mirage, la Belgique s’ébroue au vent du Nord. Les souffles iodés qui annoncent déjà les grandes marées d’Equinoxe ramènent du sable jusqu’au milieu de la rue. Il règne comme une atmosphère de ville fantôme. Les façades des maisons aux pignons dentelés témoignent encore d’un passé prestigieux, contrastant avec l’austérité architecturale du centre. Il faut dire que la ville n’a pas été épargnée. Détruite à quatre-vingt-dix pour cent pendant la guerre, elle s’est relevée de ses cendres dans un conformisme navrant. Quadrillage déprimant de larges avenues à angles dramatiquement droits bordées d’immeubles sans âme. Enfilades de bâtisses uniformément briquetées. Ce n’est pas la côte d’azur, bien sûr, mais tu aurais pu tomber plus mal.
- Ah bon ?
Avant de pousser la porte, tu passes ta main sur la plaque en marmorite. Tu fais toujours ça. Par habitude plus qu’autre chose. C’est le geste que tu as fait le jour de l’inauguration. Depuis c’est devenu un réflexe, une manie presque. Chaque fois que tu franchis ce seuil, tu te sens obligé de répéter ce rituel ridicule. Le bureau est au troisième. Tu gravis les marches quatre à quatre. Une porte vitrée au bout du couloir, sur la gauche, où sont reproduites au pochoir les mêmes inscriptions que celles qui figurent en bas. Tu actionnes vigoureusement la poignée.
- Un type a téléphoné, glapit une belle brune derrière un bureau à peine es-tu entré. Il voulait vous parler. Ça avait l’air important.
- Qui c’est celle-là ?
Ta secrétaire.
- Ah parce que moi aussi, j’ai une secrétaire !
Evidemment que tu as une secrétaire. Tous les privés ont une secrétaire.
- Les autres, je ne sais pas, mais moi je vois pas bien ce que je pourrais foutre d’une secrétaire.
Officiellement, elle est là pour trier tes papiers, payer tes factures, répondre au téléphone. La basse besogne. Tout ce qu’un type dans ton genre ne peut pas se permettre de faire sinon à perdre la face. En fait, elle est surtout là pour assurer le « contrepoint féminin dans un univers essentiellement masculin où la violence est la règle »
- C’est de qui cette connerie ?
Ernst Michener, Mythologie du roman noir.
- Jamais entendu parler.
Aucune importance.
- Et elle a un nom, ma secrétaire ?
Elle s’appelle Nancy. - Nancy comment ?
Nancy tout court.
- Je couche avec, je suppose ?
C’est un peu plus subtil que ça.
- C’est-à-dire ?
Vous entretenez une relation ambiguë. Vous minaudez, vous vous tournez autour, vos propos sont équivoques. Pour le lecteur, il ne fait aucun doute qu’il y a plus qu’une simple relation d’ordre professionnel mais rien dans les faits qui permette de le confirmer.
- D’accord. Je vois le genre. Il y a juste un petit problème. Elle ne me plaît pas du tout. Physiquement, je veux dire. Les petites bombes latinos, ce n’est pas mon truc. Moi, ce que j’aime c’est les grandes blondes plantureuses. Il n’y aurait pas moyen de changer.
Une peroxydée, ça pourrait aller ?
- A la rigueur.
Va pour une fausse blonde.
- Bon, où on en était ? Ah oui… Il a donné son nom ?
- Qui ça ? demande Nancy en tirant sur ses boucles blondes.
- Ben, le type qui a téléphoné !
- Non, il a juste dit que c’était très important. Qu’il allait rappeler.
- Combien de fois, je vous ai dit, mon petit chat, qu’il fallait prendre les noms.
- Je sais bien, patron, mais il n’a rien voulu savoir. Personnel, il m’a répondu. Son visage s’empourpre sous le coup de la colère. Elle déteste qu’on mette en cause son intégrité professionnelle. Tu t’en veux déjà de t’être montré aussi dur avec elle. Tu arrondis les lèvres pour expirer un mot d’excuse. Elle te prend de cours.
- Il doit rappeler d’une minute à l’autre. Vous n’aurez qu’à lui demander vous-même.
- Pas le temps. Je ne fais que passer. Je suis juste venu chercher le dossier De Schoonaert.
- Il est sur votre bureau, elle répond, forçant le trait de l’employé modèle. J’ai rajouté les frais de déplacements. La facture est à côté.
- Je sais pas ce que je ferais sans vous, sweet heart, tu confesses pour te faire pardonner.
- Vous répondriez au téléphone !
- Peut-être bien. Bon, j’y vais. Si le type rappelle, vous lui dîtes que je suis sorti. Qu’il laisse son nom, ce sera plus simple. Ne m’attendez pas, je risque de rentrer tard. Vous n’aurez qu’à fermer.
Tu te diriges vers la sortie, la chemise préparée par Nancy sous le bras. Au moment de refermer la porte, tu te retournes.
- Ah, au fait, il va falloir ouvrir un nouveau dossier. Commanditaire : Lebrun-Massenet.
- Lebrun-Massenet ? Le Lebrun-Massenet ? Celui des Editions ?
- Soi-même !
- On prend du galon à ce que je vois.
- Ne vous emballez pas. J’ai pas encore dit oui. En attendant, cherchez-moi tout ce que vous pouvez sur ce type. C’est pas les infos qui doivent manquer, je sais, mais je ne me fais pas de mouron, vous allez vous en sortir.
- Et vous voulez ça pour quand ?
- Pour hier !
La jeune femme fait une moue qui lui ferait haut la main gagner le concours international de la grimace mais qui produit quand même sur son visage un joli résultat.
- Et à « objet », je mets quoi ? elle demande.
- Mettez « intimidation et menaces de mort ». Entre parenthèses « paranoïa, mythomanie pas à exclure ».
20:35 Publié dans Il faut lire ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Christophe Lecoules, Mort à Dunkerque, Ravet-Anceau, Polars en Nord, roman policier, Chapitres en ligne, Chapitre 2
15.09.2007
Mort à Dunkerque en ligne
Voilà près d'un an et demi que Mort à Dunkerque est paru maintenant. Et comme l'autre pousse sérieusement à la roue (sortie Novembre 2007, normalement), je ne pense pas que mon éditeur verra un inconvénient à ce que je diffuse quelques chapitres en lignes (surtout que je vais bien me garder de lui dire). Et puis - qui sait ? - peut-être qu'alléchés par ces lignes mises gratuitement à disposition sur la toile, des intrernautes curieux (et surtout étourdis pour ne pas dire franchement désobligeants) qui n'auraient pas encore fait l'acquisition de ce chef d'oeuvre auront envie de l'acheter. On peut rêver.
J'avais déjà diffusé le préambule (voir note du ). Voici donc la suite: le Chapitre premier.doc Attention les yeux.
La suite, la semaine prochaine. Peut-être.
En attendant, bien sûr, les premiers chapitres en ligne du prochain !!!
18:25 Publié dans Il faut lire ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Christophe Lecoules, Mort à Dunkerque, Ravet-Anceau, Polars en Nord, roman policier, Chapitre premier, Chapitres en ligne
12.09.2007
Bonus Track
Dans la série « découvrons les dessous d’un chef d’œuvre ou l’atelier de l’artiste » (pendant qu’on y est !), voici cette semaine les différentes versions de la scène dite de la visite à la prison. Cela pour te permettre de juger, public, de l’évolution du texte jusqu’à sa forme définitive, celle qui apparaît dans le roman (et que j’ai fait figurer en troisième position). Mais aussi pour soulever un problème crucial qui ne m’était jamais apparu avant de me lancer dans ce projet insensé, à savoir qu’écrire ce n’est pas un travail pour les indécis, les champions de l’hésitation ou de la tergiversation. Une des choses les plus difficiles, en fait, dans l’écriture d’un roman (et à laquelle on ne pense pas forcément) est qu’il faut perpétuellement faire des choix. Entre deux mots, deux tournures de phrases, deux amorces. Certains s’imposent d’eux-mêmes, d’autres sont moins évidents. Pourquoi parfois opte-t-on pour une voie plutôt qu’une autre ? Encore une question qu’il vaut mieux éviter de se poser mais qui pourrait bien te traverser l’esprit, public, à la lecture de ces différentes moutures. Quoique !
Prise 1
Il n’y a sûrement pas trente-six manières d’entrer en prison. Toi, en tout cas, tu n’en connais qu’une. Le problème n’étant pas trop d’ailleurs de pénétrer l’enceinte que d’en ressortir sans encombre, dans les plus brefs délais. Voilà, c’est ça. Ce qu’on se dit la première fois qu’on y met les pieds. Qu’on veut en sortir, le plus vite possible. Paradoxalement, ce qui tracasse pour le moment, c’est l’inverse. Comment tu vas faire pour y entrer ? Delphine Dentsikas a beau avoir l’air confiant, tu sais toi d’expérience qu’on n’entre pas là-dedans comme dans un moulin. Il faut montrer patte blanche. En même temps, c’est un peu normal.
Prise 2
Après le commissariat, la prison. Suite logique, en somme. Mais tout de même. Tu sais bien que c’est ce genre d’endroits que ta fonction t’amène à fréquenter plus que les palaces et les restaurants côtés, mais là ça ressemble tout de même à une descente aux enfers. De lieu sinistre en endroit sordide, tu te demandes où tu vas finir.
Il n’y a pas trente-six chemins pour entrer en prison mais il y a plusieurs manières. Entre deux uniformes, les menottes aux poignets ou au bras d’une belle femme, un laisser-passer en poche et l’assurance d’en sortir au plus vite. Tu confesses ton penchant pour la seconde solution. Au greffe, un vieux routier du système pénitentiaire, à en juger par son air désabusé, a demandé à Delphine (maintenant qu’on la connaît on peut bien l’appeler par son petit nom) la raison de sa venue. Puis il a tourné son regard vers toi et t’a posé la même question. C’est plus select que les soirées cannoises pendant le Festival. On n’accepte pas n’importe qui. D’un côté, c’est un peu normal. Pour se faire la belle, tous les coups sont bons.
Coupé, c’est la bonne (enfin, …)
Il existe sûrement trente-six manières de sortir de prison. Mais d’y entrer ? C’est la question qui te taraude depuis que tu es monté dans l’Austin Mini de Delphine Dentsikas. Elle, elle n’a pas l’air de s’en faire. Un détail, elle semble penser. Plus préoccupée à chercher un emplacement pour son véhicule. N’empêche, il va bien falloir trouver quelque chose. Tu sais, toi, d’expérience qu’on n’entre pas là-dedans comme dans un moulin. Qu’il faut montrer patte blanche. En même temps, c’est un peu normal. Si on laissait pénétrer le premier guignol venu, sous prétexte qu’il le demande, on ne s’en sortirait pas.
Depuis un bon moment déjà, vous longez une muraille extravagante. Riante comme une salade d’endives. Une longue paroi de pierre dont le sommet tutoie les nuages. Faute de mieux, ta conductrice choisit de parquer son bolide sous le panneau interdiction de stationner. A première vue, ça semble assez risqué. Dans un tel environnement, ça pourrait même ressembler à de la provocation. Même si les flics du secteur ont sûrement autre chose à faire que verbaliser les voitures des visiteurs de l’ombre.
08:25 Publié dans Les secrets | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Christophe Lecoules, Mort à Dunkerque, Ravet-Anceau, Polars en Nord, roman policier, Bonus Track
10.09.2007
Nid de guêpes
Comme je l’ai déjà dit, l’originalité de Mort à Dunkerque tient surtout à son mode d’écriture (la seconde personne) et à l’idée de faire apparaître les rouages du roman policier. Une fois que ce projet a été établi, il fallait dramatiser tout cela, théâtraliser en quelque sorte. En clair, il me fallait une histoire. Une intrigue.
Les histoires, ce n’est pas ce qui manque. Ni ce qui me manque. J’ai donc fait coïncider le projet avec un récit que j’avais déjà imaginé. L’histoire d’un homme d’affaires (d’un type plutôt influent, en tout cas) qu’on retrouvait mort dans son bureau et dont l’apparent suicide semblait masquer un vrai assassinat. Rien de révolutionnaire. Mais j’avais pensé à un dénouement sinon inattendu du moins un peu surprenant. Je sais bien que ce qui compte ce n’est pas tant l’histoire que la manière dont elle est racontée mais je suis de la vieille école et j’ai du mal à me débarrasser de vieux réflexes. J’ai donc échafaudé mon intrigue, peinant devant mon écran avant de réussir à composer une histoire qui semblait la route.
J’étais plutôt content de moi. D’avoir réussi à mener mon projet à terme d’abord et puis aussi de la résolution de l’énigme en elle-même que je trouvais originale.
Dans le cadre de mes recherches, j’ai été amené à lire ou relire des classiques de la littérature policière. Et là quelle ne fut pas ma surprise de constater que cette histoire (ou un scénario très approchant) avait déjà été écrite sous la forme d’une nouvelle par la maîtresse du genre : la mère Agatha.
Trop tard pour changer. Le livre était déjà en partie écrit. Je n’ai que ma parole pour convaincre ceux qui douteraient de ma bonne foi mais je jure que je n’avais pas lu cette nouvelle avant de commencer à rédiger mon livre. Les idées sont dans l’air. Et donc à tout le monde, non ? Et puis je ne risque pas de faire de l’ombre à la grande dame.
Moralité quand même de cette petite fable : c’est bien la preuve qu’en matière de roman policier comme en tant d’autres choses, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », comme disait l’autre. (Je sais que c’est Lavoisier)
Pour ceux qui seraient tentés de lire cette nouvelle (qui leur donne quand même la clef de mon ouvrage), cliquez ici Le_guépier_2.2.doc
07:55 Publié dans Les sources d'inspiration | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Christophe Lecoules, Mort à Dunkerque, Ravet-Anceau, Polars en Nord, roman policier, archives, art
07.09.2007
Sensation épidermique
Evidemment, consacrer un article à Nicci French, surtout en ce moment, ça fait un peu le gars qui veut surfer sur la vague du succès. Mais bon. Quand c’est bien, il faut le dire. Et puis, on ne sait jamais, le succès, c’est peut-être contagieux.
Adepte de la narration à la première personne, l’auteur bicéphale (le pseudonyme Nicci
French désigne en fait un couple qui écrit à quatre mains, forcément c’est plus facile, en tout cas, ça va deux plus vite) nous propose avec Dans la peau un point de vue original qui renouvelle un peu les histoires de sérial killer. Dans un récit à trois voix, nous suivons, en effet, non pas les policiers menant l’enquête (même si ceux-ci sont bien présents), non pas le tueur mais les victimes. Trois femmes en l’occurrence - Zoé, l’héroïque institutrice d’origine arménienne, Jennifer, la mère de famille et bourgeoise et Nadia l’animatrice de spectacles pour enfants - qui ont pour point commun d’habiter la capitale anglaise et d’être l’objet de la convoitise déjantée d’un tueur. Un ? Cela reste à voir. Mais je n’en dis pas plus. D’autant que je ne sais plus quoi dire. Ce qui est une bonne raison, tout le monde en conviendra. Une bonne raison surtout pour laisser la parole à l’auteur (enfin aux auteurs, voir plus haut pour ceux qui commencent à lire les articles par la fin).
« Je ne serais jamais devenue célèbre sans la pastèque. Et je ne me serais pas retrouvée en possession de cette pastèque s’il n’avait pas fait si chaud. Alors je ferais mieux de commencer par la chaleur.
Il faisait chaud. Mais attention aux fausses impressions. N’allez pas rêver de Méditerranée, de plages désertes, et de cocktails d’où débordent des petits parasols colorés. En fait, il n’en était rien. Cette chaleur c’était comme si une grosse crevure de vieux clébard obèse s’était couchée sur Londres début juin pour ne pas en bouger durant trois semaines infernales. »
07:40 Publié dans Le livre de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Christophe Lecoules, Mort à Dunkerque, Ravet-Anceau, Polars en Nord, roman policier, Nicci French, Dans la peau
04.09.2007
Record battu ...
08:40 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Christophe Lecoules, Mort à Dunkerque, Ravet-Anceau, Polars en Nord, roman policier, Médiamétrie, blog
01.09.2007
Reprise des programmes
- Le samedi 29 Septembre animation au café littéraire Un livre à la mer à Ambleteuse. Je ne sais pas trop ce qu’on est censé faire dans un tel endroit. Vu le nom, je serais tenté de dire qu’entre deux coups (de rouge) on s’exalte, littérairement s’entend. Ou le contraire. Programme qui me convient assez, je dois dire, même si ce sera avec modération attendu que
- le lendemain (30 Septembre pour ceux qui ne suivent pas), je dois être sur le pont pour la réouverture du Palais du Littoral où se tiendra le salon du livre de Grande-Synthe.
- Et dans un avenir plus lointain (pendant qu’on y est), salons de Coudekerque en Octobre et de Bailleul en Novembre dont je repréciserai les dates ultérieurement.
Novembre risque d’ailleurs d’être un mois plutôt dense, important même puisque outre, la rencontre polar organisée à Lille par le Comité d’entreprise de la SNCF (pour dire si ça va … rouler !!! – un peu d’indulgence, c’est la reprise, je ne suis pas encore chaud), Novembre devrait voir normalement (réserves d’usage, rien n’est encore signé) la parution du prochain opus de mon œuvre qui, à n’en pas douter, va ébranler tout le landerneau littéraire.
Je n’en dirais pas plus pour l’instant. Considérons cela comme un petit teasing. Une manière d’appâter le lecteur, de le faire saliver mais aussi et surtout de me montrer prudent. Comme je l’ai déjà dit, rien n’est encore signé.
Des informations supplémentaires dans une prochaine édition.
Restez à l’écoute !
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