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14.11.2007

Comment ça commence ?

 

Je mets en ligne un petit extrait du chapitre 2. Le premier (comme vous le constaterez en lisant le livre !!!) est plus une épigraphe qu'un réel élément de l'intrigue. Un bout du chapitre 2, donc. Juste pour donner une idée et peut-être envie d'en savoir plus. Qui sait? Mais surtout pour ne pas avoir de problèmes avec mon éditeur.

 

            - Ça commence bien ! soupira Godard en regardant sa montre.

            Le lieutenant Desmidt ignorait si la remarque lui était destinée ou bien si le brigadier pensait tout haut, comme on dit vulgairement. Dans le doute, il préféra garder le silence. D’autant qu’il ne voyait pas bien ce qu’il aurait pu répondre à ça. « Ça commence bien »,  ça n’appelait pas de réponse particulière. Tout juste un hochement de tête. Et encore. Il attendit sagement la suite, s’il devait y en avoir une. Ce qui était loin d’être certain. S’interrogeant sur le sens de cette phrase. Se demandant surtout pourquoi Godard avait jugé utile de dire ça - les premières paroles qu’il prononçait depuis qu’ils étaient arrivés sur les lieux. Si c’était à cause de l’heure matinale ou bien s’il s’agissait plutôt d’une formule toute faite. Comme on aurait dit « V’là autre chose » ou « nous v’là bien ». Un truc dans le genre. Trois petits mots qui ne voulaient rien dire. Trois petits mots juste pour parler, pour combler le silence, couvrir peut-être le bruit du vent du large qui leur sifflait aux oreilles.

                A bien y réfléchir, ce n’était pas l’expression la mieux indiquée. Bien sûr, Desmidt n’était pas idiot au point de ne pas avoir perçu la portée ironique de la phrase. Il n’empêche. Ça ne commençait pas bien du tout. Ça commençait comme on voulait mais sûrement pas bien. Et puis, ça commençait, c’était vite dit. Ça dépendait pour qui, en tout cas. Pour le pauvre type étendu sur le sable dans son costume grotesque à quelques mètres d’eux, ça ne commençait pas. Pour lui, ça ne commencerait plus du tout, même. Plus jamais. Evidemment, c’est le cours fatal des choses, diront certains. Ainsi va le monde. La fin pour les uns et le début pour les autres. Quelqu’un s’en va, un autre prend sa place. Si seulement, c’était aussi simple que ça. Qui c’est qui allait prendre sa place à celui-là ? Et quelle place ?

Desmidt s’approcha du massif d’oyats au milieu duquel reposait ce gros tas de chair inerte engoncé dans un déguisement outrancier qui incendiait le paysage. Son visage était en partie dissimulé par un énorme couvre-chef dans lequel étaient piqués avec un désordre étudié des plumes, des fleurs, des fruits et… des tétines en plastique. Sortant de sous ce chapeau, les mèches blondes, presque blanches, d’une perruque bouclée ondulaient le long de son cou. Ses épaules étaient recouvertes d’un blouson de fourrure qui laissait plus qu’entrevoir un énorme soutien-gorge. Les jambes à dix heures dix s’ornaient d’un porte-jarretelles qui tenait solidement amarré une paire de bas roses striés de noir, par endroits déchirés, et qui plongeaient mystérieusement dans l’abîme puant de ses lourds godillots. Son lourd godillot, pour être exact. Desmidt remarqua, en effet, qu’il lui manquait une chaussure. Le gros orteil de cette cendrillon d’épouvante émergeait à travers un trou du collant. Le lieutenant secoua mollement la tête.

             - Ça commence tôt, surtout, il finit par dire.

 

Commentaires

bonjours,
je sis tombé sur votres blog paar hasard et sa me fait bien plaisir.
J'ai entendu beaucoup de bien de votre dernier livre, et se passage me donne bien envi de le lir!
bonne soirée

Ecrit par : morel jerome | 14.01.2008

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