25.08.2007

Emprunt, copie, plagiat ?

Entre inspiration et pastiche, il n’y a souvent qu’un pas que, je l’avoue, j’ai volontiers franchi en écrivant Mort à Dunkerque. Avec d’autant moins de scrupules que, mon idée étant de rendre hommage au roman policier en général, j’avais conçu un moment le projet (je n’ai pas encore totalement abandonné l’idée, pour être franc) de faire un patchwork de scènes incontournables empruntées à droite et à gauche. Mises bout à bout, je suis sûr que ça ferait un bon polar. Un polar, en tout cas. Une petite scène de bagarre prise chez Chester Himes par ci, une découverte de cadavre empruntée à Simenon par là, etc. Un nouveau concept : le polarexquis. Chacun écrit un bout et on colle le tout ensemble. Mais je m’égare. Enfin, pas tout à fait quand même. Ce que je voulais dire c’est que j’ai pillé sans vergogne mes illustres prédécesseurs. Disons, pas pillé mais imité. Qu’on soit bien d’accord, je n’ai pas parlé de plagiat. J’ai juste regardé sur la copie de mes voisins qui travaillent mieux que moi. Comme tout le monde, je pense. On regarde forcément comment font les autres. C’est humain. Que celui qui n’a jamais fait ça me jette la première pierre …

Tout ça pour dire que forcément, on trouvera d’étranges similitudes entre certaines scènes de Mort à Dunkerque et d’autres ouvrages. Comme par exemple la scène de la rencontre entre Marlowe et Derace Kingsley au début de La dame du Lac de Chandler dont je me suis plus qu’inspiré pour écrire le début du chapitre 2. Et comme un exemple valant mieux qu’une longue démonstration, je vous fais juge.

« Le bureau du directeur était, comme c’est le devoir de tout bon bureau de directeur, long, sombre tranquille et climatisé. Les fenêtres étaient fermées, les stores à demi baissés, pour garantir la pièce des rayons de juillet. Des tentures grises s’harmonisaient avec le tapis. Il y avait un grand coffre-fort noir et argent dans un coin ; une rangée de classeurs bas lui faisait face. Au mur était accrochée l’antique photographie coloriée d’un vieux bonze à moustaches, à favoris et col cassé. […] Derace Kingsley s’introduisit vivement derrière huit cent dollars de bureau directorial et appliqua son postérieur sur un grand fauteuil de cuir. Il atteignit une boîte de cuivre et d’acajou, s’empara d’un panatela, en sectionna la pointe et l’alluma à la flamme d’un conséquent briquet en cuivre rouge. Il prenait son temps sans se soucier du mien. Lorsqu’il fut prêt, il se pencha en arrière, souffla un peu de fumée et dit :

- je suis un homme d’affaires et je vais droit au but. D’après votre carte, vous êtes détective privé. Montrez-moi une pièce qui le prouve. »

 

« Le bureau du grand patron est tel que tu pouvais l’imaginer. Vaste, cossu, un brin prétentieux pour autant que tes facultés nyctalopes te permettent d’en juger, en tout cas. La pièce entière est  plongée dans une pénombre de circonstances. Le contraste avec la clarté de l’antichambre est saisissant. Tu écarquilles les yeux comme pour y voir plus clair. […]

- Veuillez me pardonner,  commente une voix, mais je ne supporte plus la lumière du jour.

Tu tournes la tête vers l’endroit de la pièce d’où est venue cette explication. Dans un coin, tu distingues une lueur. Celle d’une lampe de bureau qui diffuse son aura en dessinant les contours d’une masse que tu identifies comme ton interlocuteur. Une main en visière, tu essayes d’en voir un peu plus. Mais la seule chose que tu parviens à percevoir c’est un point rougeoyant qui croît en intensité avant de s’exténuer dans une brume fugitive. Un cigare, sans l’ombre d’un doute. Tu ne pouvais t’attendre à moins. C’est quand même le patron. […]        

- Le toubib m’a dit que ça s’opérait très bien. Mais c’est un âne. Je ne peux plus sortir sans lunettes de soleil. Même en plein hiver. Les autres prennent ça pour du snobisme ou une excentricité de millionnaire. Notez, je m’en fous. L’avis des autres, je veux dire. […]

Il existe deux types de commanditaires. Ceux qui se lamentent sur leur sort et ceux qui aboient. Pas besoin d’examen plus poussé pour deviner que celui-là est de la seconde espèce.

- …Mais je ne vous ai pas fait venir pour vous parler de mes problèmes oculaires, il conclut. »

Voilà, comme ça les choses sont claires. Je préfère l’avouer publiquement avant que d’érudits polarophages viennent m’en faire le reproche. Faute avouée à moitié pardonnée, non ?