04.06.2007

Bienvenue à Dunkerque

Enfin dans les bacs !

 

Avec un peu de retard (même si on peut supposer qu’il s’agissait sans doute d’un coup marketing de Gilles Guillon - jamais à cours d’idées dans ce domaine - pour éprouver encore un peu plus l’impatience des lecteurs), Bienvenue à Dunkerque de Maxime Gillio est enfin disponible dans les points de vente habituels. Enrichi de quelques pages et agrémenté d’un nouveau titre (j’aimais pourtant bien Le Blues du Corsaire[1], moi ! Enfin, ce n’est pas moi qui décide), nul doute que le roman  va rencontrer les faveurs du public. C’est tout le mal que je souhaite à cet ouvrage. Et à son auteur.

 



[1] Voir article du 03 Mars dans la rubrique « Le coin des copains »

03.03.2007

Le Blues du Corsaire de Maxime Gillio

Pour l’instant en auto-édition, le premier polar d’un copain. Un vrai Dunkerquois. A lire de toute urgence.

medium_Blues_du_Corsaire.jpgDunkerque, dans la grisaille. Quels liens peut-il y avoir entre la profanation d’une église et le meurtre d’une CPE de collège? Et pourquoi la victime mélangeait-elle tant vies privée et professionnelle ? Or, le monde de l’éducation, le commissaire Dacié le connaît parfaitement. Et pour cause : il y a laissé toutes ses illusions.

Epaulé par un jeune stagiaire avec lequel le courant a du mal à passer, Dacié va devoir élucider ces deux affaires en évitant les pièges tendus par quelques politiciens et fanatiques de tous bords. Une occasion de plus de se confronter à la misère sociale sous toutes ses formes, y compris les plus sordides !

Le début pour vous appâter :

Dacié se demandait souvent à quoi lui servait son radio réveil. Invariablement, systématiquement, il émergeait quarante-cinq minutes avant l’heure programmée sur le vieil appareil de bakélite noire. Les raisons de ce réveil aussi précoce que régulier étaient sans doute liées au fait que l’inspecteur ne dormait de toutes façons guère plus de cinq heures par nuit : endormissement tardif, sommeil agité, insomnies, hantises, cauchemars... Mais étrangement, dans le cas précis de ce début de journée, c’étaient les vapeurs des raffineries voisines qui avaient achevé de tirer Dacié de la torpeur nauséeuse dans laquelle il se débattait : subtil mélange d’hydrocarbures, de dioxide de carbone, de particules d’acier microscopiques et d’effluves oléagineuses... autant de fragrances réunies en une seule puanteur sulfureuse qui s’insinuait dans les logis dunkerquois, glissant sous les portes, s’infiltrant dans les bouches d’aération, contournant les maigres obstacles de PVC pour pénétrer par la moindre brèche et distiller quotidiennement son empoisonnement, grignotant un peu plus chaque jour les voies aéro-respiratoires des habitants de la cité.

Ecoeuré, il se leva d’une démarche chancelante, et se dirigea directement sous la douche, espérant que le jet chaud et cinglant aiderait à atténuer le mal de crâne qui l’avait gagné la veille au soir et qu’un semblant de nuit trop haché n’avait pu estomper. Il urina copieusement pendant que l’eau cinglante lui fouaillait les épaules. Il acheva de se réveiller en s’essuyant à l’aide d’une serviette rêche qui lui laissa sur la peau autant de traces rouges. Dans la cuisine, l’odeur de pollution était encore plus prégnante. Il se contenta d’un bol de café au lait, debout contre le plan de travail, écoutant d’une oreille distraite les informations du flash de sept heures sur France Inter. Comme d’habitude il éteignit le poste au moment où le présentateur météo attaquait de sa voix nasillarde son laïus sur l’anticyclone des Açores et sur la dépression allant d’une ligne joignant le Cotentin à la Provence. Quant au temps qu’il ferait sur le Nord de la France, on l’oubliait, comme souvent, merci !

Ayant claqué derrière lui la porte de son appartement, Dacié monta dans sa vieille Ford grise, dont le moteur réagit au premier tour de clé. Il remonta la rue de la bibliothèque municipale, passa devant le théâtre aux allures de bunker berlinois, traversa la rue des Soeurs Blanches, rejoignit le boulevard Alexandre III, contourna le majestueux hôtel de ville et se gara dans le parking réservé aux policiers du commissariat central. Lorsqu’il pénétra dans les locaux refaits à neuf de son QG, il remarqua d’emblée les deux pauvres clodos allongés à même le sol de la cellule, ignorant superbement le confort royal des bâts-flancs. Saluant d’un hochement de tête le policier de faction à l’accueil, il ignora le tout nouvel ascenseur et gagna son bureau du premier étage par l’escalier en faux marbre blanc.