26.07.2007

L'inspiration littéraire

Qu’on n’aille pas se méprendre, j’ai aussi des lettres. Cinq ans à la Sorbonne, ça laisse des traces. J’ai donc également puisé mon inspiration dans des œuvres littéraires majeures et principalement dans Six personnages en medium_Six_personnages_en_quête_d_auteur.jpgquête d’auteur de Luigi Pirandello. Lors d’une conférence à la bibliothèque de Dunkerque, une personne dans le public m’avait demandé si j’avais pensé en écrivant mon livre à Jacques le Fataliste de Diderot. J’ai répondu fermement non. En revanche, j’ai relu la pièce de Pirandello. Et, dans une certaine mesure,  Mort à Dunkerque repose sur ce schéma qui consiste à montrer les répétitions d’une pièce de théâtre. J’ai essayé de concevoir les rapports entre l’auteur et son personnage comme ceux qui unissent un metteur en scène et son acteur. L’un dirigeant l’autre, le guidant dans son interprétation. Le personnage, l’acteur, pour ainsi dire, jouant de son côté et à sa manière la partition écrite pour lui, se permettant quelques libertés avec le scénario établi. C’est particulièrement visible, je crois, dans certains passages. La rencontre avec Nancy, la secrétaire par exemple (chapitre 2)

« Le bureau est au troisième. Tu gravis les marches quatre à quatre. Une porte vitrée au bout du couloir, sur la gauche, où sont reproduites au pochoir les mêmes inscriptions que celles qui figurent en bas. Tu actionnes vigoureusement la poignée.

- Un type a téléphoné, glapit une belle brune derrière un bureau à peine es-tu entré. Il voulait vous parler. Ça avait l’air important.

- Qui c’est celle-là ?

Ta secrétaire.

- Ah parce que moi aussi, j’ai une secrétaire !

Evidemment que tu as une secrétaire. Tous les privés ont une secrétaire.

- Les autres, je ne sais pas, mais moi je vois pas bien ce que je pourrais foutre d’une secrétaire.

Officiellement, elle est là pour trier tes papiers, payer tes factures, répondre au téléphone. La basse besogne. Tout ce qu’un type dans ton genre ne peut pas se permettre de faire sinon à perdre la face. En fait, elle est surtout là pour assurer le « contrepoint féminin dans un univers essentiellement masculin où la violence est la règle »

-  C’est de qui cette connerie ?

Ernst Michener, Mythologie du roman noir.

- Jamais entendu parler.

Aucune importance.

- Et elle a un nom, ma secrétaire ?

Elle s’appelle Nancy.

- Nancy comment ?

Nancy tout court.

- Je couche avec, je suppose ?

C’est un peu plus subtil que ça.

- C’est-à-dire ?

Vous entretenez une relation ambiguë. Vous minaudez, vous vous tournez autour, vos propos sont équivoques. Pour le lecteur, il ne fait aucun doute qu’il y a plus qu’une simple relation d’ordre professionnel mais rien dans les faits qui permette de le confirmer.

- D’accord. Je vois le genre. Il y a juste un petit problème. Elle ne me plaît pas du tout. Physiquement, je veux dire. Les petites bombes latinos, ce n’est pas mon truc. Moi, ce que j’aime c’est les grandes blondes plantureuses. Il n’y aurait pas moyen de changer.

Une peroxydée, ça pourrait aller ?

- A la rigueur.

Va pour une fausse blonde.

- Bon, où on en était ? Ah oui… Il a donné son nom ? »

Ou bien celle avec l’inspecteur (chapitre 4)

« - Vous ne pouvez pas faire attention ?

Tu te demandes encore comment tu as fait pour ne pas le voir. Plutôt impressionnant dans son genre. Il doit avoisiner les deux mètres. Toi qui n’es pas particulièrement nabot, tu dois lever les yeux pour regarder à qui tu as affaire. Au demeurant, plutôt bel homme. La quarantaine encore fringante. Des airs d’acteur américain.

- Qui c’est encore ce gugusse ?

Ce gugusse c’est l’inspecteur Jugurtha. Ta question est d’ailleurs superflue, vu qu’il t’a collé sa carte sous le nez, précisément pour ne pas avoir à se présenter.

- Et on se connaît ?

Comme ci, comme ça. On dira que vous avez été amenés à vous rencontrer lors de précédentes affaires. Vous collaborez. Donnant donnant, pour ainsi dire.

- Ah ouais mais non. Moi, je fricote pas avec les argousins. Question de principe.

Il va pourtant falloir. Qui dit roman policier dit policiers, forcément. Tu ne crois quand même pas que tu vas enjamber les cadavres, cuisiner les suspects, fourrer ton nez un peu partout sans personne pour te demander des comptes ?

- Pourquoi pas ?

Le problème c’est que c’est pas comme ça que ça marche. Si tu veux faire de vieux os dans cette profession, il va falloir partager le gâteau. D’un côté, les poulets te refilent quelques tuyaux, t’appellent au moindre coup dur. De l’autre, tu te montres complaisant, prêt à aider le cas échéant en balançant ce que tu sais. En répondant aux questions qu’on te pose surtout. A commencer par celle que vient de répéter le lardu : 

Vous ne pouvez pas faire attention ? »

Vous voyez ce que je veux dire.

14.03.2007

Rendez-vous

medium_Salon_Bondues.jpgComme je l’avais déjà annoncé précédemment, je serai au Salon de Bondues le Samedi 17 Mars. Des fois qu’il y ait des fans qui souhaitent me rencontrer. On ne sait jamais. Je serai surtout en bonne compagnie. Que du beau monde. Outre l'armada Ravet-Anceau, il y aura entre autres Michel Quint, Christine Ockrent, Isabelle Alonso, Albert Algoud. Allez voir le site du salon (www.salondulivrebondues.fr/), si vous pensez que je fabule.

11.03.2007

Quiz chaud 2 : Les réponses (encore) en images

Arrêtez d’écrire. Je suis submergé par les réponses. Voici quand même les solutions.

1) « Il grimpa les sept étages et entra sans faire de bruit » C’était dans Pars vite et reviens tard de Fred Vargas. Vous ne me croyez pas ? Alors, allez voir page 111 de l’édition de poche.

medium_Pars_vite_et_reviens_tard.6.jpg
2) Il n’y en avait sûrement pas lourd qui connaissait l’auteur alors savoir que  « - Je ne lis jamais de romans policiers. Ils sont tellement … médiocres, vous ne trouvez pas ? »  c’était tiré de  L’homme qui savait comment faire de Dorothy L. Sayers.
medium_Dorothy_Sayers.jpg

 

 

3) Tout le monde connaît L’affaire Saint-Fiacre ou Maigret voit rouge mais qui connaît le titre du premier Maigret Pietr-le-Letton d’où était tiré cette phrase : « Non pas qu’il ressemblât aux policiers que la caricature a popularisés. » Georges Simenon.

medium_Pietr.jpg

4) « Comme je crois l’avoir dit, leur enterrement avait attiré énormément de monde. »  Tim Cockey. Une des aventures du croque-mort, en l’occurrence Le croque-mort a la vie dure.

medium_Croque-mort.jpg

5) « Les indiens Taran-Tula prétendent qu’il est plus facile de saisir un serpent par la queue que de faire confiance à une femme » et elle sait de quoi elle parle, Patricia Wentworth, une des pionnières avec Le masque gris (1929)

medium_Masque_gris.jpg

6) Encore plus ancien. La préhistoire presque du polar. Albert-Keith Chesterton. La mauvaise forme dans La Clairvoyance du Père Brown (1911) « Comme on peut suivre la trace sinueuse d’une limace, j’y suis la trace sinueuse d’un homme » 

medium_Père_Brown.jpg

7) « C’est pas Tom qu’est là, c’est son cadavre » C’est de Jim Thompson dans le monumental 1275 âmes dont j’avais déjà parlé (si vous étiez attentifs aussi !)

medium_1275_âmes.jpg

Demain, une nouvelle série. Bande de veinards.

05.03.2007

Quiz chaud 2

Devant le succès du jeu-concours, croulant sous les réponses (moins de une), je décide d’intéresser la partie. L’appât du gain va réveiller sans doute les joueurs. Donc, un exemplaire de Mort à Dunkerque dédicacé par l’auteur au premier qui trouve d’où sont extraits les sept citations suivantes. Attention, forcément, c’est plus dur.

1) « Il grimpa les sept étages et entra sans faire de bruit » Fred Vargas

Je vous avais prévenu.

2) « - Je ne lis jamais de romans policiers. Ils sont tellement … médiocres, vous ne trouvez pas ? »  Dorothy L. Sayers 

Vous ne la connaissiez pas, celle-là, hein ?

3) « Non pas qu’il ressemblât aux policiers que la caricature a popularisés. »

Georges Simenon  

L’auteur est plus que connu mais le roman …

4) « Comme je crois l’avoir dit, leur enterrement avait attiré énormément de monde. »  Tim Cockey 

5) « Les indiens Taran-Tula prétendent qu’il est plus facile de saisir un serpent par la queue que de faire confiance à une femme » Patricia Wentworth

Ça ne s’arrange pas.

6) « Comme on peut suivre la trace sinueuse d’une limace, j’y suis la trace sinueuse d’un homme »  Albert-Keith Chesterton

Ça se compliquerait même.

7) « C’est pas Tom qu’est là, c’est son cadavre » Jim Thompson

Cerise sur le gâteau.

 

A vous de jouer. Réponses la semaine prochaine.

04.03.2007

Quiz chaud 1 : Les réponses en images

Vous n’aviez pas trouvé ? Alors voici les réponses. Et en images, en plus

1)      « Ce crime est la première chose importante qu’on lui confie. » c’est dans Les Gommes, le génialissime roman de Robbe-Grillet

medium_Gommes.3.jpg

2)      « - C’est une femme qui voudrait te voir, dit-elle. Elle s’appelle Miss Wonderly » se trouve ans l’incontournable Faucon maltais, bien sûr de Dashiell Hammett

medium_Faucon_maltais.jpg

3)      «- Quel est cet homme ? demanda Rouletabille en retournant son omelette. » Où Gaston Leroux aurait-il pu dire cela ailleurs que dans Le mystère de la chambre jaune ?

medium_Mystère_de_la_chambre_jaune.jpg
4)      Si on ne connaît qu’un roman de Conan Doyle c’est forcément Le Chien des Baskerville
medium_Chien_des_Baskerville.jpg

 

 

5)      La description d’une petite vieille qui «glissait une charentaise devant l’autre avec une millimétrique prudence.»  c’est fatalement dans La Fée Carabine de Daniel Pennac

medium_Fée_carabine.jpg

6)       « Depuis trois ans qu’elle travaillait pour moi, je n’avais jamais essayé d’en faire autre chose que ma secrétaire » est extrait de J’aurai ta peau de Mickey Spillane (voir Les icônes)

medium_J_aurai_ta_peau.jpg

7)      « Il était l’heure de se présenter aux entrées, service des mises en liberté » est tiré du chef d’œuvre d’Edward Bunker Aucune bête aussi féroce (voir Polarothèque)

medium_Aucune_bête_aussi_féroce.jpg

C’était pourtant facile. 

03.03.2007

Le Blues du Corsaire de Maxime Gillio

Pour l’instant en auto-édition, le premier polar d’un copain. Un vrai Dunkerquois. A lire de toute urgence.

medium_Blues_du_Corsaire.jpgDunkerque, dans la grisaille. Quels liens peut-il y avoir entre la profanation d’une église et le meurtre d’une CPE de collège? Et pourquoi la victime mélangeait-elle tant vies privée et professionnelle ? Or, le monde de l’éducation, le commissaire Dacié le connaît parfaitement. Et pour cause : il y a laissé toutes ses illusions.

Epaulé par un jeune stagiaire avec lequel le courant a du mal à passer, Dacié va devoir élucider ces deux affaires en évitant les pièges tendus par quelques politiciens et fanatiques de tous bords. Une occasion de plus de se confronter à la misère sociale sous toutes ses formes, y compris les plus sordides !

Le début pour vous appâter :

Dacié se demandait souvent à quoi lui servait son radio réveil. Invariablement, systématiquement, il émergeait quarante-cinq minutes avant l’heure programmée sur le vieil appareil de bakélite noire. Les raisons de ce réveil aussi précoce que régulier étaient sans doute liées au fait que l’inspecteur ne dormait de toutes façons guère plus de cinq heures par nuit : endormissement tardif, sommeil agité, insomnies, hantises, cauchemars... Mais étrangement, dans le cas précis de ce début de journée, c’étaient les vapeurs des raffineries voisines qui avaient achevé de tirer Dacié de la torpeur nauséeuse dans laquelle il se débattait : subtil mélange d’hydrocarbures, de dioxide de carbone, de particules d’acier microscopiques et d’effluves oléagineuses... autant de fragrances réunies en une seule puanteur sulfureuse qui s’insinuait dans les logis dunkerquois, glissant sous les portes, s’infiltrant dans les bouches d’aération, contournant les maigres obstacles de PVC pour pénétrer par la moindre brèche et distiller quotidiennement son empoisonnement, grignotant un peu plus chaque jour les voies aéro-respiratoires des habitants de la cité.

Ecoeuré, il se leva d’une démarche chancelante, et se dirigea directement sous la douche, espérant que le jet chaud et cinglant aiderait à atténuer le mal de crâne qui l’avait gagné la veille au soir et qu’un semblant de nuit trop haché n’avait pu estomper. Il urina copieusement pendant que l’eau cinglante lui fouaillait les épaules. Il acheva de se réveiller en s’essuyant à l’aide d’une serviette rêche qui lui laissa sur la peau autant de traces rouges. Dans la cuisine, l’odeur de pollution était encore plus prégnante. Il se contenta d’un bol de café au lait, debout contre le plan de travail, écoutant d’une oreille distraite les informations du flash de sept heures sur France Inter. Comme d’habitude il éteignit le poste au moment où le présentateur météo attaquait de sa voix nasillarde son laïus sur l’anticyclone des Açores et sur la dépression allant d’une ligne joignant le Cotentin à la Provence. Quant au temps qu’il ferait sur le Nord de la France, on l’oubliait, comme souvent, merci !

Ayant claqué derrière lui la porte de son appartement, Dacié monta dans sa vieille Ford grise, dont le moteur réagit au premier tour de clé. Il remonta la rue de la bibliothèque municipale, passa devant le théâtre aux allures de bunker berlinois, traversa la rue des Soeurs Blanches, rejoignit le boulevard Alexandre III, contourna le majestueux hôtel de ville et se gara dans le parking réservé aux policiers du commissariat central. Lorsqu’il pénétra dans les locaux refaits à neuf de son QG, il remarqua d’emblée les deux pauvres clodos allongés à même le sol de la cellule, ignorant superbement le confort royal des bâts-flancs. Saluant d’un hochement de tête le policier de faction à l’accueil, il ignora le tout nouvel ascenseur et gagna son bureau du premier étage par l’escalier en faux marbre blanc.  
    

 

01.03.2007

L'inspiration cinématographique

Paradoxalement, mes sources d’inspiration pour ce roman furent plus cinématographiques que littéraires. Bien medium_Scream.3.jpgsûr, j’ai lu et relu des dizaines de romans policiers, mais plus pour alimenter mon propos que pour trouver l’idée. L’inspiration, elle, est venue d’ailleurs. De deux films principalement qui peuvent sembler, a priori (a posteriori aussi, il faut bien dire) aux antipodes aussi bien l’un de l’autre que de mon projet. Jugez plutôt.

Ma première référence c’est la série des Scream de Wes Craven. L’autre, Les clefs de bagnole de Laurent Baffie. Je vous avais prévenu.

Question : Quel rapport peut-il bien exister entre Scream (1, 2 ou 3) et Les clefs de bagnole ? Question subsidiaire : Quel rapport peut-il bien exister entre ces deux films et Mort à Dunkerque ?

La réponse est simple. Enfin, moi, je trouve. La mise en abyme. Dans le premier cas (Scream), ce que j’aime particulièrement c’est le recul pris par le scénariste qui imagine un film d’horreur qui parle du film d’horreur. Qui en décrypte les rouages en même temps qu’il propose un nouvel opus. Ça, j’adore.

Dans le second cas, c’est le décalage acteurs/personnages. L’idée selon laquelle ceux qu’on voit sur l’écran sont conscients de participer à un film.medium_Clefs_de_bagnole.jpg

Dans la limite de mes modestes capacités, je me suis efforcé de reproduire ceci dans mon livre. A l’arrivée, un polar qui parle du polar, qui en met à jour les mécanismes, et dont les personnages (le héros, surtout) sont parfaitement au courant de leur statut précaire et éphémère de simples exécutants au service d’une histoire. Même s’ils ne se privent pas de se mêler de la mise en scène, de proposer leurs visions des choses.