21.11.2007
Sur les traces de Jugurtha (suite)
Comme promis, suite de la visite guidée, toujours au LAAC, tant qu’à faire
« Sur sa droite, à l’orée d’un bosquet minéral, des ombres s’agitaient. Jugurtha quitta le sentier éclairé et s’approcha prudemment. Les roches qui ressemblaient à des menhirs formaient comme un bouquet de pierres. D’une petite vasque s’écoulait un mince filet d’eau qui cascadait entre les rochers. Au centre, un énorme bloc reposait au sol comme un colosse anéanti. » (Chapitre 13)
« Ils passèrent à proximité d’une sculpture compliquée. Un enchevêtrement de tiges d’acier qui ressemblait à un
oursin sur pattes. Pour autant qu’ils pouvaient en juger.
- Vous y comprenez quelque chose, vous ? demanda Desmidt.
- A quoi ?
- A ça !
Le lieutenant montra du doigt l’œuvre d’art.
- Moi, j’y comprends jamais rien, il ajouta au bout d’un moment. Y a sûrement une explication, notez. Un sens. Des gens pour qui c’est parlant. Qui voient là-dedans autre chose qu’un amas de ferraille. Peut-être qu’il faut que le regard se fasse, s’habitue. Peut-être que c’est seulement une question d’accoutumance. Ou d’angle. De point de vue. En regardant de plus loin, de plus haut, peut-être que ça prend une autre signification. La bonne. C’est quand même plus simple de se dire qu’il y a rien à comprendre. » (Chapitre 13)
14:20 Publié dans Une Nuit de Carnaval | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Christophe Lecoules, Mort à Dunkerque, Ravet-Anceau, Polars en Nord, roman policier, Une Nuit de Carnaval, LAAC
20.11.2007
Sur les traces de Jugurtha
Avec Mort à Dunkerque, j'avais quelque peu malmené la géographie urbaine de la cité de Jean Bart. Pour Une Nuit de Carnaval, dans un souci d'authenticité, j'ai décidé de me montrer plus rigoureux dans la description des endroits où les personnages allaient évoluer. Et pour cela quoi de mieux qu'une enquête de terrain ? Sinon plusieurs enquêtes de terrain dont voici un premier aperçu. Muni de mon petit appareil, j'ai arpenté les rues, les jardins, les monuments, les musées, même. Tiens en parlant de musée, si on commençait par
Une visite au LAAC (Lieu d'Art et d'Action Contemporaine)
"Au coin de l’avenue des Bains et de la rue des Chantiers de France, Schuster parqua la voiture. Il monta sur le trottoir. Un autre véhicule de police était déjà stationné devant l’entrée du parc. Jugurtha, suivi de son jeune
garde du corps, pénétra le jardin par un petit portail à la mine tourmentée. Le ton était donné. On entrait dans un nouvel univers. Le monde de l’Art. Autant dire une autre planète. De toute évidence, les lampadaires bordant l’allée avaient été placés là plus pour le décor qu’autre chose. La faible lumière qu’ils diffusaient permettait tout juste au passant de ne pas s’écarter du sentier pavé qui sinuait au milieu des étendues gazonneuses. Question de priorité, sans doute. A côté de cela, les responsables du parc n’avaient pas lésiné sur l’éclairage des sculptures disséminées un peu partout sur les pelouses. Des projecteurs individuels, parfois de couleurs, tiraient de l’ombre assassine, dans laquelle le pauvre passant nocturne avançait presque à tâtons, des ouvrages de fer et de pierre qui semblaient avoir poussé de ci de là comme des pestes végétales.
"Jugurtha passa devant un squelette de ferraille à qui il manquait les bras et la tête. Une sorte de vénus de
Milo de l’ère industrielle, assise, bien droite, les fesses dans l’herbe. L’esthétisme baroque de cet épouvantail d’acier figé dans son inutilité plongea le policier dans une profonde perplexité. Il s’arrêta quelques instants. Sur une stèle, à côté, on avait indiqué le nom de ce chef d’œuvre. Hommage à Pedro Rodriguez. Jugurtha ne chercha pas à comprendre. Pas plus ce qui avait présidé au dépôt de cette antiquité dans un jardin public que la signification de ce titre. Il se demanda juste ce que tout ça donnait de jour. Peut-être qu’à lumière du soleil, ça avait une autre allure. Sans doute, même. Il se promit de revenir faire un tour. A l’occasion." (Chapitre 13)
La suite demain
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14.11.2007
Comment ça commence ?
Je mets en ligne un petit extrait du chapitre 2. Le premier (comme vous le constaterez en lisant le livre !!!) est plus une épigraphe qu'un réel élément de l'intrigue. Un bout du chapitre 2, donc. Juste pour donner une idée et peut-être envie d'en savoir plus. Qui sait? Mais surtout pour ne pas avoir de problèmes avec mon éditeur.
- Ça commence bien ! soupira Godard en regardant sa montre.
Le lieutenant Desmidt ignorait si la remarque lui était destinée ou bien si le brigadier pensait tout haut, comme on dit vulgairement. Dans le doute, il préféra garder le silence. D’autant qu’il ne voyait pas bien ce qu’il aurait pu répondre à ça. « Ça commence bien », ça n’appelait pas de réponse particulière. Tout juste un hochement de tête. Et encore. Il attendit sagement la suite, s’il devait y en avoir une. Ce qui était loin d’être certain. S’interrogeant sur le sens de cette phrase. Se demandant surtout pourquoi Godard avait jugé utile de dire ça - les premières paroles qu’il prononçait depuis qu’ils étaient arrivés sur les lieux. Si c’était à cause de l’heure matinale ou bien s’il s’agissait plutôt d’une formule toute faite. Comme on aurait dit « V’là autre chose » ou « nous v’là bien ». Un truc dans le genre. Trois petits mots qui ne voulaient rien dire. Trois petits mots juste pour parler, pour combler le silence, couvrir peut-être le bruit du vent du large qui leur sifflait aux oreilles.
A bien y réfléchir, ce n’était pas l’expression la mieux indiquée. Bien sûr, Desmidt n’était pas idiot au point de ne pas avoir perçu la portée ironique de la phrase. Il n’empêche. Ça ne commençait pas bien du tout. Ça commençait comme on voulait mais sûrement pas bien. Et puis, ça commençait, c’était vite dit. Ça dépendait pour qui, en tout cas. Pour le pauvre type étendu sur le sable dans son costume grotesque à quelques mètres d’eux, ça ne commençait pas. Pour lui, ça ne commencerait plus du tout, même. Plus jamais. Evidemment, c’est le cours fatal des choses, diront certains. Ainsi va le monde. La fin pour les uns et le début pour les autres. Quelqu’un s’en va, un autre prend sa place. Si seulement, c’était aussi simple que ça. Qui c’est qui allait prendre sa place à celui-là ? Et quelle place ?
Desmidt s’approcha du massif d’oyats au milieu duquel reposait ce gros tas de chair inerte engoncé dans un déguisement outrancier qui incendiait le paysage. Son visage était en partie dissimulé par un énorme couvre-chef dans lequel étaient piqués avec un désordre étudié des plumes, des fleurs, des fruits et… des tétines en plastique. Sortant de sous ce chapeau, les mèches blondes, presque blanches, d’une perruque bouclée ondulaient le long de son cou. Ses épaules étaient recouvertes d’un blouson de fourrure qui laissait plus qu’entrevoir un énorme soutien-gorge. Les jambes à dix heures dix s’ornaient d’un porte-jarretelles qui tenait solidement amarré une paire de bas roses striés de noir, par endroits déchirés, et qui plongeaient mystérieusement dans l’abîme puant de ses lourds godillots. Son lourd godillot, pour être exact. Desmidt remarqua, en effet, qu’il lui manquait une chaussure. Le gros orteil de cette cendrillon d’épouvante émergeait à travers un trou du collant. Le lieutenant secoua mollement la tête.
- Ça commence tôt, surtout, il finit par dire.
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